Saison des pluies 2026 en Afrique de l’Ouest et au Sahel : des pluies contrastées, des risques accrus et des recommandations fortes

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 Réunis du 20 au 24 avril 2026 à Ndjaména (Tchad), les experts du Forum régional sur les Prévisions Saisonnières Agro-hydro-climatiques pour les zones Soudanienne et Sahélienne de l’Afrique de l’Ouest et du Sahel (PRESASS 2026) ont livré leurs prévisions pour la saison des pluies à venir. Le constat est clair : la campagne 2026 sera marquée par une forte variabilité climatique, avec des pluies excédentaires à moyennes dans le Sahel Centre et Est, mais normales à déficitaires dans la zone soudanienne et le Sahel Ouest.
Organisé par le Centre Climatique Régional AGRHYMET pour l’Afrique de l’Ouest et le Sahel (AGRHYMET CCR-AOS), en collaboration avec l’Agence Nationale de la Météorologie du Tchad (ANAM), la Direction des Ressources en Eau du Tchad, l’ACMAD, les services météorologiques et hydrologiques des 17 pays de la région ainsi que plusieurs plateformes sectorielles, le forum a permis d’établir les grandes tendances agro-hydro-climatiques de la saison 2026.
Une saison contrastée selon les zones
Les prévisions établies sur la base de la climatologie 1991-2020 annoncent une saison des pluies hétérogène sur l’ensemble de l’Afrique de l’Ouest et du Sahel.
Dans le Sahel Centre et Est, les cumuls pluviométriques devraient être globalement moyens à excédentaires, notamment au Niger, au Tchad central, au nord du Nigeria, au Burkina Faso (hors extrême sud), dans l’est de la Mauritanie ainsi que dans certaines parties du Mali. Ces zones pourraient bénéficier d’une bonne disponibilité en eau, favorable aux cultures et aux pâturages.
À l’inverse, le Sahel Ouest et plusieurs zones soudaniennes connaîtront des pluies normales à déficitaires, en particulier au Sénégal, en Gambie, en Mauritanie, en Guinée-Bissau, dans l’ouest du Mali, en Côte d’Ivoire, au Liberia ainsi que dans certaines zones du Ghana, du Togo, du Bénin et du Nigeria.
Début et fin de saison : des écarts régionaux marqués
Le démarrage de la saison des pluies est attendu normal à précoce dans le Sahel Centre et Est, notamment au Niger, au Tchad, dans le nord du Nigeria et à l’est du Burkina Faso.
En revanche, dans le Sahel Ouest, la saison devrait débuter normalement à tardivement, notamment au Sénégal, en Gambie, en Guinée-Bissau, au Mali et dans le sud de la Mauritanie.
Concernant la fin de saison, elle s’annonce tardive à moyenne dans le Sahel Ouest, tandis qu’elle devrait être normale à tardive dans le Sahel Centre et Est.
Des séquences sèches longues à surveiller
Malgré des pluies parfois abondantes, les experts alertent sur la probabilité de séquences sèches longues à moyennes, aussi bien en début qu’en cours de saison, sur une grande partie des bandes sahéliennes et soudaniennes.
Cette irrégularité dans la répartition des pluies pourrait perturber les calendriers agricoles, affecter la croissance des cultures et fragiliser les productions fourragères, notamment dans les zones déjà exposées au stress hydrique.
Des écoulements globalement moyens à excédentaires
Sur le plan hydrologique, les écoulements attendus dans les principaux bassins fluviaux seront globalement moyens à excédentaires.
Des écoulements excédentaires sont notamment attendus dans les bassins du Logone (Tchad) et de la Komadougou Yobé (Niger-Nigeria), faisant craindre des risques accrus d’inondation.
À l’inverse, des déficits d’écoulement sont attendus dans certaines zones, notamment dans le haut bassin de la Bénoué, le delta inférieur du Niger, le Lofa ainsi que certains bassins en Guinée.
Inondations, sécheresse, maladies : des risques multiples
Les experts du PRESASS 2026 soulignent que cette saison, bien que globalement favorable dans certaines zones, comporte des risques majeurs.
Dans les régions les plus humides, les fortes pluies pourraient provoquer :
•des inondations ;
•des débordements de cours d’eau ;
•des pertes de cultures ;
•des destructions d’infrastructures ;
•des déplacements de populations ;
•une recrudescence des maladies hydriques et vectorielles (choléra, paludisme, dengue, bilharziose).
Dans les zones déficitaires, les risques concernent surtout :
•les retards de semis ;
•les baisses de rendements ;
•les déficits fourragers ;
•les canicules et vents chauds ;
•l’aggravation de l’insécurité alimentaire et nutritionnelle.
Le forum alerte également sur les risques de tensions sociales, de conflits fonciers et de conflits entre agriculteurs et éleveurs, dans un contexte déjà fragilisé par l’insécurité civile et la vulnérabilité des ménages.
Les principales recommandations du PRESASS 2026
Face à ces perspectives, les experts recommandent aux États, aux collectivités, aux producteurs et aux partenaires techniques de renforcer dès maintenant les mesures d’anticipation.
Face au risque d’inondation
Il est recommandé de :
•renforcer les systèmes d’alerte précoce ;
•curer les caniveaux et assainir les villes ;
•consolider les digues et infrastructures hydrauliques ;
•sensibiliser les populations exposées ;
•renforcer la coordination entre météorologie, hydrologie et protection civile.
Face aux risques sanitaires et phytosanitaires
Les experts appellent à :
•renforcer les systèmes de santé ;
•prévenir les maladies climato-sensibles ;
•intensifier les campagnes de vaccination humaine et animale ;
•surveiller les ravageurs, notamment le criquet pèlerin et la chenille légionnaire d’automne.
Face au risque de sécheresse
Il est conseillé de :
•promouvoir des variétés tolérantes au stress hydrique ;
•développer l’irrigation de complément ;
•renforcer les conseils agrométéorologiques ;
•encourager les assurances agricoles indicielles.
Face aux risques de conflits
Le forum recommande :
•une gestion inclusive et équitable des ressources ;
•le renforcement des moyens d’existence ;
•la création d’emplois pour les jeunes et les femmes ;
•le développement d’infrastructures de base dans les zones vulnérables.
Mieux valoriser la saison des pluies
Enfin, le PRESASS 2026 invite les acteurs à mieux tirer profit des opportunités qu’offre cette saison, malgré son caractère contrasté.
Les experts recommandent notamment :
•la valorisation des plaines inondables ;
•la collecte et la conservation des eaux de pluie ;
•l’investissement dans des cultures adaptées aux conditions humides ;
•l’accès accru aux semences améliorées ;
•le renforcement de l’assistance agro-hydro-météorologique.
Le forum appelle enfin les usagers à suivre régulièrement les mises à jour des prévisions qui seront diffusées tout au long de la saison par AGRHYMET et les services météorologiques nationaux.
En 2026, plus que jamais, l’anticipation, l’adaptation et la coordination seront les clés pour limiter les risques et tirer profit de la saison des pluies en Afrique de l’Ouest et au Sahel.
May FAY uracsenegal

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