Former les femmes des radios communautaires : un levier pour briser les tabous sur la santé de la reproduction
Le Réseau des femmes affiliées à l’Association mondiale des radiodiffuseurs (RIF–AMARC) a organisé une session de renforcement des capacités destinée aux femmes des radios communautaires. Pendant trois jours, journalistes, animatrices et techniciennes sont formées afin d’améliorer le traitement des questions liées à la santé de la reproduction, un domaine aussi essentiel que sensible.

Pour Codou Loum, présidente du RIF–AMARC, cette initiative vise à permettre aux professionnelles des radios communautaires de mieux informer les populations, notamment dans les zones les plus reculées où les radios demeurent le principal canal de sensibilisation. Selon elle, les participantes doivent être davantage outillées pour traiter ces questions avec professionnalisme, donner la parole aux experts de la santé et produire des émissions fondées sur des informations fiables. La formation porte ainsi sur les concepts de santé de la reproduction, les infections sexuellement transmissibles, le VIH, les grossesses précoces, les droits en matière de santé, mais également sur les techniques d’animation d’émissions et le choix des intervenants.
Le programme, soutenu par la Fondation Hewlett, combine des exposés théoriques et des exercices pratiques dans les studios de la RTC afin de permettre aux participantes de mettre immédiatement en application les connaissances acquises.
“Le journaliste doit savoir parler de sujets sensibles sans heurter les communautés”

Journaliste spécialiste des questions de santé, Mbagnick Diouf a insisté sur la responsabilité des professionnels des médias dans le traitement des sujets liés à la santé de la reproduction.
Selon lui, beaucoup de personnes assimilent encore cette thématique à la seule sexualité, ce qui en fait un sujet souvent considéré comme tabou au sein des communautés.
Face à cette réalité, il estime que les journalistes des radios communautaires doivent disposer d’outils leur permettant d’aborder ces questions avec pédagogie, dans le respect des sensibilités culturelles et linguistiques.
Pour lui, le journaliste s’adresse à un public très diversifié, allant des plus jeunes aux personnes âgées. Son langage doit donc être simple, clair et adapté afin de transmettre les messages sans choquer ni créer de malentendus.
Mbagnick Diouf recommande également une préparation rigoureuse des émissions. Cela passe par une bonne documentation, le recours à des sources fiables et surtout l’invitation de spécialistes tels que des sage-femmes, infirmiers ou gynécologues capables d’apporter des réponses précises aux préoccupations des populations.
Il rappelle enfin que la santé de la reproduction ne se résume pas à la planification familiale. Elle englobe de nombreuses autres questions qui sont aujourd’hui rarement abordées au sein des familles. Dans ce contexte, les radios communautaires ont un rôle essentiel à jouer pour informer les femmes, les jeunes filles et l’ensemble des communautés, à condition que leurs animateurs soient correctement formés.
Les médias, partenaires de la prévention sanitaire

Pour Mme DIACK, Dieynaba BARRY, maitresse sage-femme au poste de santé de Touba Diack Sao de Pikine, les radios communautaires constituent un partenaire incontournable du système de santé.
Grâce à leur proximité avec les populations, elles permettent de diffuser largement les messages de prévention et d’encourager les femmes à fréquenter précocement les structures sanitaires.
Elle rappelle que la santé de la reproduction couvre plusieurs volets : la santé maternelle, la planification familiale, la santé sexuelle des adolescents, la prévention des infections sexuellement transmissibles et du VIH.
La sage-femme insiste également sur les risques liés à l’automédication et à l’utilisation de produits intimes inadaptés, qui peuvent entraîner des infections, l’infertilité ou encore le cancer du col de l’utérus. Elle appelle les femmes à consulter dès les premiers symptômes et encourage un renforcement de la sensibilisation auprès des jeunes afin de prévenir les comportements à risque.
Un cadre juridique solide mais des défis persistants

La juriste Mme Bakhoum Ndeye Madjiguene SARR, membre de l’Association des juristes sénégalaises (AJS), coordonnatrice de la Boutique de droit de Pikine et chargée de communication de l’association, a présenté le dispositif juridique qui protège les droits en matière de santé sexuelle et reproductive.
Elle a notamment rappelé les engagements internationaux du Sénégal à travers la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes (CEDAW), la Convention relative aux droits de l’enfant, la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples, le Protocole de Maputo, ainsi que la loi sénégalaise de 2005 sur la santé de la reproduction.
Selon elle, si le cadre juridique existe, son application reste confrontée à plusieurs difficultés, notamment le manque de ressources financières, l’insuffisance des infrastructures sanitaires, le déficit en personnel qualifié et la nécessité d’une meilleure mise en œuvre des textes. Elle appelle ainsi l’État, les collectivités territoriales et les organisations de la société civile à renforcer leurs actions afin de garantir l’effectivité des droits en santé sexuelle et reproductive.
Des femmes des radios communautaires au cœur du changement
Au-delà du renforcement des compétences techniques, cette formation ambitionne de faire des femmes des radios communautaires de véritables relais de sensibilisation. En produisant des émissions fondées sur des données scientifiques, en donnant la parole aux experts et en adaptant leurs messages aux réalités locales, elles contribueront à lever les tabous qui entourent encore la santé de la reproduction et à favoriser un meilleur accès des populations à une information de qualité et aux services de santé.
May FAYE uracsenegal
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