LE SECRETAIRE GENERAL DE LA CNTS, CAMARADE MODY GUIRO SE PRONONCE SUR LES QUESTIONS DE L’HEURE.

La Cnts a organisé une Conférence de presse sur les Conditions des travailleurs, 28/01/2024.

892

Mesdames, mesdemoiselles, messieurs les invités, Nous vous remercions d’avoir répondu à notre invitation pour la couverture médiatique de cette rencontre d’échanges sur la situation sociale du pays. Comme vous le savez nous venons de sortir des 3èmes élections générales pour la représentativité des centrales syndicales de travailleurs, tenues le 12 décembre 2023. La grande majorité des travailleurs a encore fait confiance à la Confédération Nationale des Travailleurs du Sénégal, pour la troisième fois consécutive  Nous profitons de l’occasion pour remercier l’ensemble des militantes et militantes pour cette confiance renouvelée.  Nous en mesurons toute la portée et resterons fidèles à notre engagement contenu dans l’appel que nous avions fait, à l’occasion, à savoir davantage lutter pour faire entendre, comme il se doit, la voix des travailleurs pour de meilleures conditions de vie et de travail. C’est cela notre raison d’être et nous ne la compromettrons jamais car nous avons pris la pleine mesure de la confiance que les travailleurs ont placé en la CNTS qui est l’héritière de toutes les luttes qui ont jalonne l’histoire du mouvement syndical sénégalais. Nous maintiendrons ce cap en toute responsabilité avec les autres centrales syndicales qui aspirent toutes à créer, avec l’ensemble des partenaires sociaux, de meilleures conditions de travail et de vie. C’est l’occasion pour nous de dire à l’endroit de toutes les centrales syndicales sénégalaises que ces élections sont la démonstration de la culture démocratique qui fonde le mouvement syndical sénégalais qui, il faut le reconnaitre, quelle que soit la situation, sacrifie à cette tradition démocratique  Comme vous le savez, ces élections permettent de mesurer la représentativité dans le but d’améliorer la qualité du dialogue social pour une prise en charge plus efficace et plus efficiente des préoccupations du monde du travail.  Mais notre conviction syndicale doit nous inviter à démontrer à la face du monde que les travailleurs, malgré leur divergences, peuvent se réunir autour de l’essentiel, qui est  et demeure la défense quotidienne des droits des travailleurs, pour de meilleures conditions de vie et d’existence. En tout état de cause, la CNTS usera également de son expérience et de son expertise pour élaborer un mémorandum sur les principales préoccupations des travailleurs, mais aussi sur les voies et moyens d’améliorer sensiblement le pouvoir d’achat des travailleurs. Ce mémorandum constituera un manuel autour duquel se concentreront les discussions car, nous devons anticiper les préoccupations.

Mesdames, mesdemoiselles, messieurs les invités, La situation au Sénégal est fortement marquée par l’actualité politique qui occulte les préoccupations des travailleurs et des populations qui rencontrent des difficultés dans plusieurs secteurs d’activités. Les autorités sont seulement préoccupées par les élections et faute d’interlocuteurs, les travailleurs sont obligés de manifester pour se faire entendre. C’est le cas des travailleurs du secteur primaire qui mènent une lutte depuis plusieurs mois pour faire face au refus du Ministère de la Fonction publique  de tenir une rencontre pour matérialiser les fonds communs dans le cadre du protocole d’accord signé à la date du 01 décembre 2022 entre l’intersyndicale et le gouvernement Dans le secteur de l’éducation, à peine l’ouverture des classes, de lourdes menaces pèsent sur la stabilité de l’espace scolaire. L’université est fermée contre l’avis de la majorité des professeurs ainsi que des amicales d’étudiants et des syndicats d’enseignants comme le SELS ont déposé un préavis de grève. Il s’y ajoute la situation des décisionnaires dont la demande de révision de leur statut et le reversement de leurs pensions de retraite au FNR au même titre que les Fonctionnaires reste toujours sans réponse. Dans le secteur de la santé, les travailleurs de l’Hôpital régional de Ziguinchor ont déposé un préavis de grève pour exiger le respect du protocole d’accord signé avec la Direction. Les travailleurs de l’Hôpital Aristide Le Dantec sont très inquiets sur leur situation après la décision de l’Etat du Sénégal de délocaliser tous les services pour les besoins d’un projet de reconstruction d’un hôpital moderne. Ils exigent la sauvegarde de leurs droits. Les travailleurs des collectivités territoriales après plusieurs mois de luttes et de grève, attendent toujours la fin de leur calvaire. Malgré les instructions de Monsieur le Président de la République à Monsieur le Ministre des Finances et  à celui des Collectivités territoriales en Conseil des Ministre du 07 juin 2023 et la mise en place d’une commission ad hoc, la situation est restée en l’état, reléguée au second plan. Les travailleurs de la Compagnie Bancaire de l’Afrique de l’Ouest CBAO, qui ne demandent que le respect d’un protocole d’accord signé 2022, sont confrontés au mutisme de leur direction et des autorités malgré plusieurs actions de protection. Plus grave encore, après avoir repris le travail pour faciliter le dialogue, la direction procède à des menaces suivis de licenciements de certains travailleurs.

Aujourd’hui, d’après nos informations, une liste de 60 travailleurs est établie par la direction de la CBAO pour des représailles. Nous dénonçons ce comportement de la Direction et userons de tous les moyens pour le respect de la liberté syndicale dans cet établissement. Les entreprises de transformation de produits de pêche, notamment la SCASA, risquent toutes de fermer leurs portes parce que les compagnies de pêche comme le Grand Bleu, dont l’attribution de la licence de pêche était conditionnée à l’approvisionnement de l’industrie locale avant toute exportation, ne respectent pas ces accords avec l’Etat du Sénégal. Les 1700 travailleurs de SCASA risquent de grandir le rang des chômeurs alors que la plus grande préoccupation de l’Etat demeure l’emploi des jeunes. Les travailleurs des stations d’essences sont confrontés à des difficultés énormes liées à des salaires dérisoires malgré la manipulation, à longueur de journée de centaines de milliers de francs sans protection et sans primes de responsabilité. Les propriétaires des stations d’essence refusent toujours d’appliquer la convention collective du secteur du pétrole. Des employeurs refusent de payer les augmentations de salaires, cas des collectivités locales, des EPS de la santé, des contractuels de la fonction publique, etc.

Au niveau de l’hôtellerie, les employeurs continuent de maintenir le système des équivalences malgré la demande du Chef de l’Etat à l’occasion de la remise des cahiers de doléances en 2023 pour la suppression de cette loi qui date de l’époque coloniale. Dans ce même secteur, sous le prétexte de la COVID des travailleurs ont été licenciés et malgré la relance et les efforts financiers fournis par l’Etat pour soutenir ce secteur, ils sont toujours au chômage et pire, d’autres travailleurs ont été pris à leur place. Les travailleurs de l’aéroport, ceux chargés des contrôles sécuritaires de l’aéroport ainsi que les conducteurs des forages vivent des conditions de travail et de rémunérations très difficiles, La prime de prudence des chauffeurs de l’administration stagne toujours à 60000 frs par an depuis près de 30 ans.  A’ Kédougou les travailleurs dans les mines d’or sont surexploités. Au niveau du port, les dockers vivent un calvaire avec des arriérés de salaires de plusieurs mois. A cela s’ajoutent les difficultés des retraités qui ne peuvent pas encore percevoir leurs pensions de retraite, du fait du non versement des cotisations à l’IPRES. Pour mettre fin à cette situation, ils exigent la convocation de la commission mixte qui doit également discuter de la fusion des deux bureaux d’embauche. A’ la RTS, le bras de fer continue entre la direction générale et le syndicat CNTS. Les travailleurs de la poste sont inquiets quant à leur avenir. Au niveau de la direction générale des impôts et domaines, les agents vivent une discrimination dans le traitement. Les travailleurs des Grands Trains du Sénégal vivent dans la confusion entre les prérogatives de la Société des Chemins de Fer du Sénégal qui doit gérer le patrimoine et les Grands Trains du Sénégal chargé de l’exploitation. Ils demandent à l’Etat de faire respecter le schéma institutionnel de la directive de l’UEMOA. Aux Industries Chimiques du Sénégal, les travailleurs observent une grève réclamer des augmentations de salaires liées aux résultats de l’entreprise. Pour la sécurité du transit aéroportuaire au niveau de l’aéroport Blaise Diagne de Diass, les travailleurs de 2AS demandent le remplacement du matériel de manutention qui ne répond plus aux standards internationaux. Il faut ajouter à cette situation le renchérissement du coût de la vie avec la flambée des prix des denrées de première nécessité et de consommation courante et les difficultés d’accès aux services sociaux de base par les couches vulnérables. Nous profitons également de l’occasion pour dénoncer l’attitude du Ministère de l’Intérieur qui refuse de délivrer les récépissés de syndicats professionnels membres de la CNTS, ce qui constitue une violation de la Convention 87 de l’OIT sur la liberté syndicale et le droit d’association. Comme nous le constatons tous, malgré la bonne volonté des organisations syndicales à s’ouvrir au dialogue et à la concertation, les crises persistent. Les engagements de l’Etat et des Employeur contenus dans le Pacte National de Stabilité Sociale et d’Emergence Economique ne sont pas respectés, ce qui risque de remettre en cause la tradition de dialogue social que nous avons mis des années à construire. C’est la raison pour laquelle la Confédération Nationale des Travailleurs du Sénégal n’acceptera pas que les revendications des travailleurs soient reléguées au second plan. Elle prendra ses responsabilités pour engager la bataille pour l’amélioration des conditions de vie et de travail des travailleurs et des populations, l’arrêt des violations des droits des travailleurs et pour :

 

  • La suppression du système des équivalences dans les secteurs de l’hôtellerie
  • La révision du Statut des enseignants décisionnaires et le reversement de leurs pensions de retraite au FNR au même titre que les Fonctionnaires ;
  • Le règlement rapide des arriérés de salaires des dockers et la fusion des deux bureaux d’embauche des dockers
  • Le respect des accords signés entre travailleurs et employeurs
  • L’Harmonisation des traitements et avantages des personnels des universités.
  • L’affiliation obligatoire à l’IPRES et à la Caisse de Sécurité Sociale des travailleurs journaliers
  • La finalisation du règlement du contentieux des retraités de la Société Nationale des Chemins de Fer du Sénégal
  • Le respect des barèmes de salaires des travailleurs off-shore etc..
  • L’amélioration de la situation des jeunes journalistes et reporters,
  • Le rétablissement dans ses droits du Secrétaire Général du Syndicat des Travailleurs de l’Administration fiscale
  • L’arrêt du bras de fer à la RTS et le respect des dispositions du Code du Travail et de la Convention 87 de l’OIT sur la liberté syndicale ;
  • la revalorisation de la prime de risque des chauffeurs de l’administration comme promis par le Président de la République lors de la cérémonie de remise du cahier de doléances le 1er mai 2023
  • l’amélioration des conditions de travail et de rémunération des conducteurs de forages ruraux.
  • La ratification de la Convention 190 de l’OIT sur les violences et le harcèlement
  • Le paiement des augmentations de salaires aux travailleurs des collectivités locales, des contractuels des établissements de santé
  • La reprise des travailleurs licenciés dans des établissements hôteliers à cause de la COVID
  • L’arrêt des menaces et licenciements à la CBAO et l’application des dispositions du protocole d’accord de 2022
  • L’élaboration d’un projet d’acte réglementaire autorisant aux services du trésor de procéder au paiement de l’indemnité de revalorisation des travailleurs des collectivités territoriales,

 

Aussi, voudrions-nous interpeller Monsieur le Président de la République, Monsieur le Premier Ministre et le gouvernement pour la prise de mesures nécessaires pour mettre fin au calvaire des travailleurs. Nous restons, comme toujours, ouverts au dialogue et à la concertation mais n’accepterons pas que l’environnement politique soit utilisé comme prétexte pour ne pas trouver des solutions aux revendications des travailleurs. Dans tous les cas, le Bureau confédéral sera convoqué dans les prochains jours, suivi d’une rencontre des délégués du personnel pour élaborer un plan d’action de lutte qui n’exclut pas le dépôt d’un préavis de grève.

KEBEKEBA URACSENEGAL

Comments are closed.